Cruz et Rubio attaquent Trump lors d'un débat étonnamment sérieux

Sexta-feira, 11 Março, 2016 - 14:00

Après plusieurs joutes marquées par des dérapages, les candidats à l'investiture républicaine ont choisi une discussion sur le fond. Offensifs face au milliardaire, ses adversaires ne sont pas parvenus à le mettre en difficulté.

Le ton a changé radicalement ce jeudi soir durant le 11e débat télévisé républicain, organisé dans un amphithéâtre de l'université de Miami, à quelques jours d'un nouveau super Tuesday crucial, qui mettra en jeu les deux états clé de Floride et d'Ohio, ainsi que la Caroline du Nord, le Missouri et l'Illinois. Les 4 candidats sur scène, avaient clairement décidé de faire oublier la violence et les attaques en dessous de la ceinture du précédent débat, quand Donald Trump s'était cru obligé de rassurer le peuple américain sur sa virilité, après avoir été moqué par Marco Rubio «pour ses petites mains», un lourd sous-entendu. Le président du Comité national républicain, Reince Priebus, avait annoncé qu'il y aurait un apaisement, affirmant que les journalistes de CNN feraient aussi en sorte de garder «le débat sous contrôle» au lieu d'attiser les passions.

L'enjeu était important pour tout le monde. Donald Trump, grand favori de la course, devait convaincre les Républicains qui le rejettent ou qui hésitent encore, qu'il peut être un nommé digne de ce nom et rassembler le parti. Marco Rubio, qui joue son va-tout en Floride, devait lui aussi redorer son blason, après s'être laissé aller à des piques brutales et contre-productives qui ont fait dégringoler sa campagne, lui laissant peu de chances de revenir. L'accalmie était cruciale pour l'ensemble du parti qui s'inquiète de la démoralisation et de la confusion qui pourrait naître chez les électeurs en raison de la brutalité des échanges. Cette fois, l'affrontement s'est donc fait sur le fond. «C'était un débat élégant et très substantiel, tout le monde a fait du bon travail», a dit Donald Trump après l'exercice.

«Je connais le système et c'est la raison pour laquelle je suis celui qui saura comment le réparer»  Donald Trump

L'homme d'affaires a essayé de profiter de toutes les questions posées - accords de libre-échange, retraites, politique étrangère - pour se poser en seule personne capable de négocier des compromis favorables à l'Amérique. Il a noté qu'il serait capable de maintenir le système de retraites tel qu'il est, parce qu'il ferait des économies par ailleurs, en renégociant les accords que l'État a signés avec les grandes corporations américaines. «Rien n'a été négocié correctement, a-t-il dit, expliquant cette situation par le pouvoir des lobbys sur les politiques. «Je connais le système et c'est la raison pour laquelle je suis celui qui saura comment le réparer», a-t-il martelé, un argument qui semble lui profiter. Trump a aussi rappelé qu'en autofinançant sa campagne il s'était libéré de l'emprise de ces lobbys. Le promoteur immobilier new-yorkais s'est refusé à revenir sur ses propos sur les musulmans, dont il avait souligné «la haine» vis-à-vis de l'Amérique. «Parlez-vous des 1,6 milliard de musulmans ou de l'islam radical», a demandé CNN. «Cela concerne beaucoup de monde» a répondu Trump, notant qu'il n'avait pas l'intention de donner une réponse politiquement correcte. «Nous avons un problème, il y a beaucoup de haine, il va falloir aller au bout de ce sujet», a-t-il dit. Ses adversaires se sont dits opposés à ces généralisations dangereuses. Jugeant que l'Occident aurait besoin des musulmans pour combattre l'extrémisme.

Sur la politique étrangère, et notamment sur Cuba, Marco Rubio est apparu offensif et convaincant dans sa critique de la politique d'Obama et de la volonté de Trump de poursuivre l'ouverture. Mais les commentateurs ne semblaient pas persuadés que son brio lui permette d'arracher la victoire dont il a désespérément besoin en Floride, le 15 mars. «Trop blessé dans les derniers jours, trop peu, trop tard», disaient-ils.

 

Ted Cruz a été le plus offensif vis-à-vis de Trump, et a clairement tenté de se présenter comme la seule alternative viable. Il a traité Donald Trump d'«insider» (infiltré, NDLR) par excellence, et n'a cessé de dire qu'il avait par le passé soutenu et financé les démocrates, une manière de souligner son absence de principes. Cruz a aussi insisté sur la position selon lui trop relativiste et tiède du milliardaire vis-à-vis d'Israël. Ce dernier a en effet expliqué qu'il tenterait une position de plus grande neutralité dans le conflit israélo-palestinien, pour tenter de faire la paix. Le gouverneur de l'Ohio John Kasich a lui insisté sur ses propres compétences en politique étrangère et promis de soutenir les amis de l'Amérique, pas ses ennemis, dénonçant l'idée d'un soutien à Poutine. «J'ai dit que Poutine avait défendu avec force les intérêts de son pays, cela ne veut pas dire que je le soutiens», s'est mollement défendu Trump, peinant à tempérer aussi des propos ambigus et quasi admiratifs de la manière dont les dirigeants chinois avaient réprimé Tiananmen. «Trump n'a pas gagné ce débat sur le fond, notait une journaliste du Des Moines Register dans une interview à Newsmax. Mais personne n'a eu une nuit décisive. Ce qui laisse Trump au sommet».

Les commentateurs se sont dits en effet frappés par sa capacité à changer de ton lors du débat et à appeler à l'unité. «Des millions de nouveaux électeurs viennent au parti républicain. Il faut les embrasser. Si nous le faisons, nous gagnerons face à Hillary», a-t-il lancé en début et en fin d'émission. «Il était délibérément en énergie basse», a noté le commentateur Michael Smerconish. Clairement, «c'était son moment de gentillesse, le moment de se recentrer pour faire affaire», a confirmé le journaliste John King, évoquant son livre sur L'Art du deal «pour comprendre sa nouvelle attitude au moment où il est en passe de gagner». «C'est une manière de négocier avec l'élite du parti pour que celle-ci l'accepte», a expliqué King.
Interrogé sur la perspective d'une convention négociée, Donald Trump a dit espérer gagner avant, donc avoir les 1237 délégués nécessaires avant juillet. Mais il a aussi noté qu'il estimait que la personne la mieux placée, devrait être choisie, même si la barrière des 1237 délégués n'était pas atteinte, un sujet sur lequel il est en désaccord avec ses rivaux et le président du Comité national républicain Priebus. Trump a confirmé qu'il allait recevoir le soutien officiel de l'ex-candidat Ben Carson, ce vendredi. Un joli succès pour lui à la veille d'un Super mardi qui sera crucial pour sa campagne.

 

Source: http://www.lefigaro.fr/elections-americaines/2016/03/11/01040-20160311ARTFIG00045-cruz-et-rubio-attaquent-trump-lors-d-un-debat-...